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N°2 Tintin au Tibet

La création de cet album nous replace en plein cœur d’un contexte politique particulièrement troublé : A la fin des années 50, la France semble être dans une impasse : la crise Algérienne donne lieu à une nouvelle vague d’insurrection, l’ex-Congo Belge sombre dans la guerre civile.

Désormais à la tête de l'état Français, le Général De Gaulle présente aux Français une nouvelle constitution, mettant fin à la IVème République.

En marge de ces conflits d’indépendance, l’URSS gagne du terrain et envoie les premières images de la face cachée de la lune, prise par « Lunik3 ».

Cette période marque également et pour d’autres raisons les travaux d’Hergé, qui traverse alors une crise profonde sur le plan personnel.

Pour faire évoluer notre héros dans le décor tibétain, où les ennemis se révèlent être la nature et les éléments, Hergé utilisera les travaux d’Alexandre David-Néel, pour dépeindre l’apaisement qu’il recherche dans l’étude des philosophies orientales.

C’est peut-être pourquoi Tintin connaît dans cette œuvre sa première remise en cause.

C’est donc à la frontière du Tibet et du Népal que se déroule cette nouvelle aventure.

Hergé trouve alors l'inspiration dans les récits d'aventures « Himalayennes » qui remplissent alors la presse des années 50, de différents ouvrages, mais également dans les clichés inédits que Christian Berjonneau (Paris Match) eu l’obligeance de lui transmettre. Hergé souhaite traduire ces informations dans des décors détaillés, avec un grand souci d’authenticité.






N°2 Tintin au Tibet

Récit délibérément débarrassé des enjeux habituels de l’Aventure, Tintin au Tibet est un album introspectif, un hymne à l’Amitié qui met en œuvre le seul dépassement de soi. L’émotion affleure constamment. N’y voit-on pas Tintin pleurer comme dans Le Lotus bleu ? Hergé, pour qui l’album coïncide avec une période tourmentée de sa vie, a cependant hésité à y donner libre cours à sa sensibilité. Entre l’ébauche du récit sous forme d’esquisses et la publication des planches maîtrisées, il a, par pudeur, gommé bon nombre d’émois qu’il avait spontanément crayonnés. Dans l’album ne sont restés que les plus significatifs.

Montagne à Vaches

En imaginant le thème de sa prochaine histoire, Her- gé sait que la quête à laquelle se livrera Tintin dans l’Himalaya commencera paisiblement dans les Alpes. Depuis ses années scoutes, il apprécie les charmes de ce qu’il appelle familièrement « la montagne à vaches ». Lui aurait-elle inspiré l’idée de donner le profil d’un bovidé au massif tibétain où Tintin retrouvera son ami Tchang ou encore d’intituler cet épisode Le Museau de la vache ?

Au Tibet avec Tintin

Casterman aurait trouvé inconvenant qu’un album de Tintin porte un titre aussi farfelu que Le Museau de la vache, et contre-productif que le nom du héros n’apparaisse pas dans un titre. À regret, Hergé finit par céder. L’intitulé définitif, Tintin au Tibet, apparaît à la faveur d’une recherche du bandeau-titre destiné au journal Tintin, sur un des crayonnés qui présen- tent les héros à Katmandou, en route pour affronter l’Himalaya.

hergé illusionniste

Si bon nombre de lecteurs ont apprécié Tintin au Tibet au point d’en garder certaines scènes en mémoire, ils affirmeront de bonne foi qu’ils y ont vu – mais vraiment vu le capitaine Haddock tomber lourdement du haut de la passerelle à l’aéroport de New Delhi, au moment de prendre l’avion pour Katmandou. C’est qu’en ma- gicien de la narration, Hergé leur aura donné l’illusion d’être témoins de cet incident. Comme le démontre son brouillon, s’il avait bien songé à en reproduire le détail sur la planche, il y renonce ensuite. Passant directement de la scène où Haddock grimpe quatre à quatre les marches de la passerelle à celle où l’hôtesse de l’air lui prodigue des soins, il se livre ici, combinant humour et efficacité, au grand art de l’ellipse !

A chacun son rôle

Les collaborateurs d’Hergé savent qu’une bonne part de la crédibilité du futur album repose sur eux. Tout comme les décors, les véhicules et autres éléments techniques font l’objet de soins attentifs et sont tracés avec rigueur et précision sur des calques séparés. Ces éléments seront transférés sur la planche définitive selon la mise en place crayonnée par Hergé. Le dessinateur procède de la même manière pour les personnages.

Caméra subjective

Milou a déjà manifesté à plusieurs reprises son penchant pour l’alcool. Son vieux démon l’emporte sur son ange gardien. Ivre comme il ne l’a jamais été, il titube dangereusement, tandis que Tintin et Haddock se portent à son secours. Il n’est pas du tout sûr qu’Hergé ait prémédité de dédoubler ces derniers, lors du transfert sur la planche, mais il faut reconnaître que cette façon de traiter le regard du chien éméché, comme une caméra subjective le fait au cinéma, exprime de manière éloquente le trouble de Milou.

Pense bête

Il arrive souvent à Hergé d’utiliser le verso d’un crayonné pour consigner sommairement les idées qu’il développera ultérieurement. Dans le cas présent, il résume sans le savoir toute la suite du récit, des dangers de la montagne à la ren- contre avec l’abominable homme des neiges, en passant par le mo- nastère tibétain et les retrouvailles avec Tchang.

Tombe la neige

La tempête de neige s’est invitée dans cette séquence, où Tintin croisera le yéti sans l’identifier. Mais si l’effet produit par une planche entièrement parsemée de neige s’annonce superbe sur le plan graphique, ces centai- nes de flocons laisseront un souvenir abominable à la coloriste Josette Baujot, tenue à une extrême précision.

Moments drammatiques

Hergé est passé maître dans l’art de désamorcer les tensions. Tan- dis que Tintin se porte au secours de Tchang, Haddock est chargé de faire le guet devant l’antre du yéti. Son expression irrésistible traduit la panique. On devine déjà, au travers de l’esquisse, que l’animal pourrait – à l’instar du capitaine – être frappé de stupeur par l’éclair du flash qui briserait net son élan.

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